{"id":1,"date":"2024-04-27T10:54:11","date_gmt":"2024-04-27T10:54:11","guid":{"rendered":"http:\/\/oummaconnect.com\/?p=1"},"modified":"2024-05-07T10:48:57","modified_gmt":"2024-05-07T10:48:57","slug":"hello-world","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/hello-world\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Connais-toi\u00a0toi-m\u00eame\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"236\" src=\"https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2-1024x236.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-365\" srcset=\"https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2-1024x236.png 1024w, https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2-600x138.png 600w, https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2-300x69.png 300w, https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2-768x177.png 768w, https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2-1536x354.png 1536w, https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2-624x144.png 624w, https:\/\/oummaconnect.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre2.png 1950w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-post-title\">\u00ab\u00a0Connais-toi\u00a0toi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n<p>On cite habituellement cette phrase\u00a0: \u00ab\u00a0<mark>Connais-toi<\/mark>\u00a0toi-m\u00eame\u00a0\u00bb, mais on en perd souvent de vue le sens exact. \u00c0 propos de la confusion qui r\u00e8gne au sujet de ces mots on peut se poser deux questions\u00a0: la premi\u00e8re concerne l\u2019origine de cette expression, la seconde son sens r\u00e9el et sa raison d\u2019\u00eatre. Certains lecteurs pourraient croire que ces deux questions sont enti\u00e8rement distinctes et n\u2019ont entre elles aucune relation. \u00c0 la r\u00e9flexion et apr\u00e8s examen attentif il appara\u00eet nettement qu\u2019elles sont en \u00e9troit rapport.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Si l\u2019on demande \u00e0 ceux qui ont \u00e9tudi\u00e9 la philosophie grecque quel est l\u2019homme qui a prononc\u00e9 le premier cette sage parole, la plupart d\u2019entre eux n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 r\u00e9pondre que l\u2019auteur de cette maxime est Socrate, encore que d\u2019aucuns pr\u00e9tendent la rapporter \u00e0 Platon et d\u2019autres \u00e0 Pythagore. De ces avis contradictoires, de ces divergences d\u2019opinion nous sommes en droit de conclure que cette phrase n\u2019a pour auteur aucun de ces philosophes et que ce n\u2019est pas chez eux qu\u2019il faut en chercher l\u2019origine.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il nous semble licite de formuler cet avis, qui para\u00eetra juste\u00a0au lecteur quand il saura que deux parmi ces philosophes, Pythagore et Socrate, n\u2019ont laiss\u00e9 aucun \u00e9crit.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Quant \u00e0 Platon nul, quelle que soit sa comp\u00e9tence philosophique, n\u2019est \u00e0 m\u00eame de distinguer ce qui a \u00e9t\u00e9 dit par lui ou par son ma\u00eetre Socrate. La majeure partie de la doctrine de ce dernier ne nous est connue que par l\u2019interm\u00e9diaire de Platon et l\u2019on sait d\u2019autre part que c\u2019est dans l\u2019enseignement de Pythagore que Platon a recueilli certaines des connaissances dont il fait montre dans ses dialogues. Par l\u00e0 nous voyons qu\u2019il est extr\u00eamement difficile de d\u00e9limiter ce qui revient \u00e0 chacun des trois philosophes. Ce qu\u2019on attribue \u00e0 Platon est souvent attribu\u00e9 aussi \u00e0 Socrate, et, parmi les th\u00e9ories vis\u00e9es, certaines sont ant\u00e9rieures \u00e0 tous deux et proviennent de l\u2019\u00e9cole de Pythagore ou de Pythagore lui-m\u00eame.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00c0 la v\u00e9rit\u00e9, l\u2019origine de l\u2019expression \u00e9tudi\u00e9e remonte bien plus haut que les trois philosophes ici nomm\u00e9s. Bien mieux, elle est plus ancienne que l\u2019histoire de la philosophie, et elle d\u00e9passe aussi le domaine de la philosophie.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0On dit que ces mots \u00e9taient inscrits au-dessus de la porte d\u2019Apollon \u00e0 Delphes. Ils furent ensuite adopt\u00e9s par Socrate, comme ils le furent par d\u2019autres philosophes, comme un des principes de leur enseignement, malgr\u00e9 la diff\u00e9rence qui a pu exister entre ces divers enseignements et les buts poursuivis par leurs auteurs. Il est d\u2019ailleurs probable que Pythagore aussi a employ\u00e9 cette expression bien avant Socrate. Par l\u00e0, ces philosophes se proposaient de montrer que leur enseignement ne leur \u00e9tait pas strictement personnel, qu\u2019il provenait d\u2019un point de d\u00e9part plus ancien, d\u2019un point de vue plus \u00e9lev\u00e9 rejoignant la source m\u00eame de l\u2019inspiration originelle, spontan\u00e9e et divine.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Nous constatons que ces philosophes \u00e9taient, en cela, tr\u00e8s diff\u00e9rents des philosophes modernes qui d\u00e9ploient tous leurs efforts pour exprimer quelque chose de nouveau afin de le donner comme l\u2019expression de leur propre pens\u00e9e, de se poser\u00a0comme les seuls auteurs de leurs opinions, comme si la v\u00e9rit\u00e9 pouvait \u00eatre la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un homme.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Nous allons voir maintenant pourquoi les philosophes anciens ont voulu rattacher leur enseignement \u00e0 cette expression ou \u00e0 quelque autre similaire, et pourquoi on peut dire que cette maxime est d\u2019un ordre sup\u00e9rieur \u00e0 toute philosophie.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Pour r\u00e9pondre \u00e0 la seconde partie de cette question, nous dirons que la r\u00e9ponse est contenue dans le sens originel et \u00e9tymologique du mot \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb, qui aurait \u00e9t\u00e9, dit-on, employ\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par Pythagore. Le mot philosophie exprime proprement le fait d\u2019aimer\u00a0<em>Sophia<\/em>, la sagesse, l\u2019aspiration \u00e0 celle-ci ou la disposition requise pour l\u2019acqu\u00e9rir.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ce mot a toujours \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pour qualifier une pr\u00e9paration \u00e0 cette acquisition de la sagesse, et sp\u00e9cialement les \u00e9tudes qui pouvaient aider le\u00a0<em>philosophos<\/em>, ou celui qui \u00e9prouvait pour elle quelque penchant, \u00e0 devenir\u00a0<em>sophos<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire sage.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ainsi, comme le moyen ne saurait \u00eatre pris pour une fin, l\u2019amour de la sagesse ne saurait constituer la sagesse elle-m\u00eame. Et du fait que la sagesse est en soi identique \u00e0 la v\u00e9ritable connaissance int\u00e9rieure, on peut dire que la connaissance philosophique n\u2019est qu\u2019une connaissance superficielle et ext\u00e9rieure. Elle n\u2019a donc point en elle-m\u00eame ni par elle-m\u00eame une valeur propre. Elle constitue seulement un premier degr\u00e9 dans la voie de la connaissance sup\u00e9rieure et v\u00e9ritable qui est la sagesse.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il est bien connu de ceux qui ont \u00e9tudi\u00e9 les philosophes anciens que ceux-ci avaient deux sortes d\u2019enseignement, l\u2019un exot\u00e9rique et l\u2019autre \u00e9sot\u00e9rique. Tout ce qui \u00e9tait \u00e9crit appartenait seulement au premier. Quant au second, il nous est impossible d\u2019en conna\u00eetre exactement la nature, parce que d\u2019une part il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 quelques-uns et que d\u2019autre part il avait un caract\u00e8re secret. Ces deux qualit\u00e9s n\u2019auraient eu aucune raison d\u2019\u00eatre s\u2019il n\u2019y avait eu l\u00e0 quelque chose de sup\u00e9rieur \u00e0 la simple philosophie.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0On peut tout au moins penser que cet enseignement \u00e9sot\u00e9rique \u00e9tait en relation \u00e9troite et directe avec la sagesse et qu\u2019il ne faisait point appel seulement \u00e0 la raison ou \u00e0 la logique comme c\u2019est le cas pour la philosophie qui pour cela a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e la connaissance rationnelle. Il \u00e9tait admis par les philosophes de l\u2019Antiquit\u00e9 que la connaissance rationnelle, c\u2019est-\u00e0-dire la philosophie, n\u2019est pas le plus haut degr\u00e9 de la connaissance, n\u2019est pas la sagesse.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Se peut-il que la sagesse soit enseign\u00e9e comme on enseigne la connaissance ext\u00e9rieure par la parole ou par les livres\u00a0? Cela est r\u00e9ellement impossible et nous en verrons la raison. Mais ce que nous pouvons d\u00e9j\u00e0 affirmer, c\u2019est que la pr\u00e9paration philosophique n\u2019\u00e9tait pas suffisante, m\u00eame comme pr\u00e9paration, car elle ne concerne qu\u2019une facult\u00e9 limit\u00e9e qui est la raison, tandis que la sagesse concerne la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00eatre tout entier.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Donc il existe une pr\u00e9paration \u00e0 la sagesse plus \u00e9lev\u00e9e que la philosophie, qui ne s\u2019adresse plus \u00e0 la raison, mais \u00e0 l\u2019\u00e2me et \u00e0 l\u2019esprit, et que nous pourrons appeler pr\u00e9paration int\u00e9rieure\u00a0; et elle para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 le caract\u00e8re des plus hauts degr\u00e9s de l\u2019\u00e9cole de Pythagore. Elle a \u00e9tendu son influence \u00e0 travers l\u2019\u00e9cole de Platon jusqu\u2019au n\u00e9o-platonisme de l\u2019\u00e9cole d\u2019Alexandrie o\u00f9 elle appara\u00eet de nouveau clairement, ainsi que chez les n\u00e9o-pythagoriciens de la m\u00eame \u00e9poque.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Si pour cette pr\u00e9paration int\u00e9rieure on employait encore des mots, ceux-ci ne pouvaient plus y \u00eatre pris que comme des symboles destin\u00e9s \u00e0 fixer la contemplation int\u00e9rieure. Par cette pr\u00e9paration, l\u2019homme est amen\u00e9 \u00e0 certains \u00e9tats qui lui permettent de d\u00e9passer la connaissance rationnelle \u00e0 laquelle il \u00e9tait parvenu ant\u00e9rieurement, et comme tout ceci est au-dessus du niveau de la raison, il \u00e9tait aussi au-dessus de la philosophie, puisque le nom de philosophie est toujours employ\u00e9 en fait pour d\u00e9signer quelque chose qui appartient \u00e0 la seule raison.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Cependant il est \u00e9tonnant que les modernes en soient arriv\u00e9s\u00a0\u00e0 consid\u00e9rer la philosophie, ainsi d\u00e9finie, comme si elle \u00e9tait compl\u00e8te en elle-m\u00eame, et qu\u2019ils oublient ainsi ce qu\u2019il y a de plus \u00e9lev\u00e9 et de sup\u00e9rieur.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019enseignement \u00e9sot\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 connu dans les pays d\u2019Orient avant de se propager en Gr\u00e8ce o\u00f9 il avait re\u00e7u le nom de \u00ab\u00a0myst\u00e8res\u00a0\u00bb. Les premiers philosophes, en particulier Pythagore, y avaient rattach\u00e9 leur enseignement, comme n\u2019\u00e9tant qu\u2019une expression nouvelle des id\u00e9es anciennes. Il existait plusieurs sortes de myst\u00e8res ayant des origines diverses. Ceux qui inspir\u00e8rent Pythagore et Platon \u00e9taient en rapport avec le culte d\u2019Apollon. Les \u00ab\u00a0myst\u00e8res\u00a0\u00bb eurent toujours un caract\u00e8re r\u00e9serv\u00e9 et secret, le mot myst\u00e8re lui-m\u00eame signifie \u00e9tymologiquement\u00a0<em>silence total<\/em>, les choses auxquelles ils se rapportaient ne pouvant \u00eatre exprim\u00e9es par des mots, mais seulement enseign\u00e9es par une voie silencieuse. Mais les modernes ignorant toute autre m\u00e9thode que celle qui implique l\u2019usage des mots, et que nous pouvons appeler la m\u00e9thode de l\u2019enseignement exot\u00e9rique, ont cru faussement, \u00e0 cause de cela, qu\u2019il n\u2019y avait l\u00e0 aucun enseignement.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Nous pouvons affirmer que cet enseignement silencieux usait de figures, de symboles, et d\u2019autres moyens ayant pour but d\u2019amener l\u2019homme \u00e0 des \u00e9tats int\u00e9rieurs lui permettant de parvenir graduellement \u00e0 la connaissance r\u00e9elle ou sagesse. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 le but essentiel et final de tous les \u00ab\u00a0myst\u00e8res\u00a0\u00bb et des choses semblables qu\u2019on peut trouver ailleurs.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Quant aux \u00ab\u00a0myst\u00e8res\u00a0\u00bb qui \u00e9taient sp\u00e9cialement rattach\u00e9s au culte d\u2019Apollon et \u00e0 Apollon lui-m\u00eame, il faut se souvenir que celui-ci \u00e9tait le dieu du soleil et de la lumi\u00e8re, celle-ci \u00e9tant dans son sens spirituel la source d\u2019o\u00f9 jaillit toute connaissance et d\u2019o\u00f9 d\u00e9rivent les sciences et les arts.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il est dit que les rites d\u2019Apollon \u00e9taient venus du Nord et cela se rapporte \u00e0 une tradition tr\u00e8s ancienne, qui se retrouve dans des livres sacr\u00e9s comme le\u00a0<em>V\u00eada<\/em>\u00a0hindou et l\u2019<em>Avesta<\/em>\u00a0perse. Cette origine nordique \u00e9tait m\u00eame affirm\u00e9e plus sp\u00e9cialement\u00a0pour Delphes qui passait pour \u00eatre un centre spirituel universel\u00a0; et il y avait dans son temple une pierre appel\u00e9e \u00ab\u00a0omphalos\u00a0\u00bb qui symbolisait le centre du monde.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0On pense que l\u2019histoire de Pythagore et le nom m\u00eame de Pythagore ont un lien certain avec les rites d\u2019Apollon. Celui-ci \u00e9tait appel\u00e9\u00a0<em>Pythios<\/em>, et il est dit que Pytho \u00e9tait le nom originel de Delphes. La femme qui recevait l\u2019inspiration des Dieux dans le temple s\u2019appelait Pythie. Le nom de Pythagore signifie donc guide de la Pythie, ce qui s\u2019applique \u00e0 Apollon lui-m\u00eame. On raconte aussi que c\u2019est la Pythie qui avait d\u00e9clar\u00e9 que Socrate \u00e9tait le plus sage des hommes. Il semble par l\u00e0 que Socrate avait un lien avec le centre spirituel de Delphes, ainsi que Pythagore lui-m\u00eame.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ajoutons que si toutes les sciences \u00e9taient attribu\u00e9es \u00e0 Apollon, il en \u00e9tait ainsi plus particuli\u00e8rement pour la g\u00e9om\u00e9trie et la m\u00e9decine. Dans l\u2019\u00e9cole pythagoricienne, la g\u00e9om\u00e9trie et toutes les branches des math\u00e9matiques occupaient la premi\u00e8re place dans la pr\u00e9paration \u00e0 la connaissance sup\u00e9rieure. \u00c0 l\u2019\u00e9gard de cette connaissance elle-m\u00eame, ces sciences n\u2019\u00e9taient pas mises de c\u00f4t\u00e9, mais demeuraient au contraire employ\u00e9es comme symboles de la v\u00e9rit\u00e9 spirituelle. Platon aussi consid\u00e9rait la g\u00e9om\u00e9trie comme une pr\u00e9paration indispensable \u00e0 tout autre enseignement et il avait fait inscrire sur la porte de son \u00e9cole ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Nul n\u2019entre ici s\u2019il n\u2019est g\u00e9om\u00e8tre.\u00a0\u00bb On comprend le sens de ces mots quand on les rapproche d\u2019une autre formule de Platon lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu fait toujours de la g\u00e9om\u00e9trie\u00a0\u00bb, si nous ajoutons que, parlant d\u2019un Dieu g\u00e9om\u00e8tre, Platon faisait encore allusion \u00e0 Apollon.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il ne faut donc pas s\u2019\u00e9tonner que les philosophes de l\u2019Antiquit\u00e9 aient employ\u00e9 la phrase inscrite \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du temple de Delphes, puisque nous connaissons maintenant les liens qui les rattachaient aux rites et au symbolisme d\u2019Apollon.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0D\u2019apr\u00e8s tout cela, nous pouvons facilement comprendre le\u00a0sens r\u00e9el de la phrase \u00e9tudi\u00e9e ici et l\u2019erreur des modernes \u00e0 son sujet. Cette erreur vient de ce qu\u2019ils ont consid\u00e9r\u00e9 cette phrase comme une simple parole d\u2019un philosophe, \u00e0 qui ils attribuent toujours une pens\u00e9e comparable \u00e0 la leur. Mais en r\u00e9alit\u00e9 la pens\u00e9e ancienne diff\u00e9rait profond\u00e9ment de la pens\u00e9e moderne. Ainsi, beaucoup attribuent \u00e0 cette phrase un sens psychologique\u00a0; mais ce qu\u2019ils appellent psychologie consiste seulement dans l\u2019\u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux, qui ne sont que des modifications ext\u00e9rieures \u2013 et non l\u2019essence \u2013 de l\u2019\u00eatre.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0D\u2019autres y voient, surtout parmi ceux qui l\u2019attribuent \u00e0 Socrate, un but moral, la recherche d\u2019une loi applicable \u00e0 la vie pratique. Toutes ces interpr\u00e9tations ext\u00e9rieures, sans \u00eatre toujours enti\u00e8rement fausses, ne justifient pas le caract\u00e8re sacr\u00e9 qu\u2019elle avait \u00e0 l\u2019origine, et qui implique un sens beaucoup plus profond que celui qu\u2019on voudrait ainsi lui attribuer. Elle signifie d\u2019abord qu\u2019aucun enseignement exot\u00e9rique n\u2019est capable de donner la connaissance r\u00e9elle, que l\u2019homme doit trouver seulement en lui-m\u00eame, car, en fait, toute connaissance ne peut \u00eatre acquise que par une compr\u00e9hension personnelle.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Sans cette compr\u00e9hension, aucun enseignement ne peut aboutir \u00e0 un r\u00e9sultat efficace, et l\u2019enseignement qui n\u2019\u00e9veille pas chez celui qui le re\u00e7oit une r\u00e9sonance personnelle ne peut procurer aucune sorte de connaissance. C\u2019est pourquoi Platon dit que \u00ab\u00a0tout ce que l\u2019homme apprend est d\u00e9j\u00e0 en lui\u00a0\u00bb. Toutes les exp\u00e9riences, toutes les choses ext\u00e9rieures qui l\u2019entourent ne sont qu\u2019une occasion pour l\u2019aider \u00e0 prendre conscience de ce qu\u2019il a en lui-m\u00eame. Cet \u00e9veil est ce qu\u2019il appelle\u00a0<em>anamn\u00e9sis<\/em>, ce qui signifie \u00ab\u00a0r\u00e9miniscence\u00a0\u00bb.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Si cela est vrai pour toute connaissance, ce l\u2019est d\u2019autant plus pour une connaissance plus \u00e9lev\u00e9e et plus profonde, et, quand l\u2019homme avance vers cette connaissance, tous les moyens ext\u00e9rieurs et sensibles deviennent de plus en plus insuffisants,\u00a0jusqu\u2019\u00e0 perdre finalement toute utilit\u00e9. S\u2019ils peuvent aider \u00e0 approcher la sagesse \u00e0 quelque degr\u00e9, ils sont impuissants \u00e0 l\u2019acqu\u00e9rir r\u00e9ellement et il est dit couramment dans l\u2019Inde que le v\u00e9ritable\u00a0<em>guru<\/em>\u00a0ou ma\u00eetre se trouve dans l\u2019homme lui-m\u00eame et non point dans le monde ext\u00e9rieur, quoiqu\u2019une aide ext\u00e9rieure puisse \u00eatre utile au d\u00e9but, pour pr\u00e9parer l\u2019homme \u00e0 trouver en lui et par lui-m\u00eame ce qu\u2019il ne peut trouver ailleurs et particuli\u00e8rement ce qui est au-dessus du niveau de la connaissance rationnelle. Il faut, pour y atteindre, r\u00e9aliser certains \u00e9tats qui vont toujours plus profond\u00e9ment dans l\u2019\u00eatre, vers le centre qui est symbolis\u00e9 par le c\u0153ur et o\u00f9 la conscience de l\u2019homme doit \u00eatre transf\u00e9r\u00e9e pour le rendre capable d\u2019arriver \u00e0 la connaissance r\u00e9elle. Ces \u00e9tats qui \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9s dans les myst\u00e8res antiques \u00e9taient des degr\u00e9s dans la voie de cette transposition du mental au c\u0153ur.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il y avait, avons-nous dit, dans le temple de Delphes une pierre appel\u00e9e\u00a0<em>omphalos<\/em>, qui repr\u00e9sentait le centre de l\u2019\u00eatre humain aussi bien que le centre du monde, suivant la correspondance qui existe entre le macrocosme et le microcosme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019homme, de telle sorte que tout ce qui est dans l\u2019un est en rapport direct avec ce qui est dans l\u2019autre. Avicenne a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu te crois un n\u00e9ant et c\u2019est en toi que r\u00e9side le monde.\u00a0\u00bb\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il est curieux de signaler la croyance r\u00e9pandue dans l\u2019Antiquit\u00e9 que l\u2019<em>omphalos<\/em>\u00a0\u00e9tait tomb\u00e9 du ciel, et l\u2019on aurait une id\u00e9e exacte du sentiment des Grecs \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette pierre en disant qu\u2019il avait quelque similitude avec celui que nous \u00e9prouvons \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pierre noire sacr\u00e9e de la\u00a0<em>Kaabah<\/em>.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La similitude qui existe entre le macrocosme et le microcosme fait que chacun d\u2019eux est l\u2019image de l\u2019autre, et la correspondance des \u00e9l\u00e9ments qui les composent montre que l\u2019homme doit se conna\u00eetre lui-m\u00eame d\u2019abord pour pouvoir conna\u00eetre ensuite toutes choses, car, en v\u00e9rit\u00e9, il peut trouver toutes choses en lui. C\u2019est pour cette raison que certaines sciences \u2013 surtout celles qui\u00a0faisaient partie de la connaissance ancienne et qui sont presque ignor\u00e9es par nos contemporains \u2013 poss\u00e8dent un double sens. Par l\u2019apparence ext\u00e9rieure, ces sciences se rapportent au macrocosme et peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es justement \u00e0 ce point de vue. Mais en m\u00eame temps elles ont aussi un sens plus profond, celui qui se rapporte \u00e0 l\u2019homme lui-m\u00eame et \u00e0 la voie int\u00e9rieure par laquelle il peut r\u00e9aliser la connaissance en lui-m\u00eame, r\u00e9alisation qui n\u2019est autre que celle de son propre \u00eatre. Aristote a dit\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre est tout ce qu\u2019il conna\u00eet\u00a0\u00bb, de telle sorte que, l\u00e0 o\u00f9 il y a connaissance r\u00e9elle \u2013 non son apparence ou son ombre \u2013 la connaissance et l\u2019\u00eatre sont une seule et m\u00eame chose.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019ombre, suivant Platon, est la connaissance par les sens et m\u00eame la connaissance rationnelle qui, bien que plus \u00e9lev\u00e9e, a sa source dans les sens. Quant \u00e0 la connaissance r\u00e9elle, elle est au-dessus du niveau de la raison\u00a0; et sa r\u00e9alisation, ou la r\u00e9alisation de l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame, est semblable \u00e0 la formation du monde, suivant la correspondance dont nous avons parl\u00e9 plus haut.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0C\u2019est pourquoi certaines sciences peuvent la d\u00e9crire sous l\u2019apparence de cette formation\u00a0; ce double sens \u00e9tait inclus dans les anciens myst\u00e8res, comme il se rencontre aussi dans toutes les sortes d\u2019enseignement visant le m\u00eame but parmi les peuples de l\u2019Orient.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il semble qu\u2019en Occident \u00e9galement cet enseignement a exist\u00e9 pendant tout le Moyen Age, bien qu\u2019aujourd\u2019hui il ait compl\u00e8tement disparu au point que la plupart des Occidentaux n\u2019ont aucune id\u00e9e de sa nature ou m\u00eame de son existence.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Par tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, nous voyons que la connaissance r\u00e9elle n\u2019a pas pour voie la raison, mais l\u2019esprit et l\u2019\u00eatre tout entier, car elle n\u2019est autre chose que la r\u00e9alisation de cet \u00eatre dans tous ses \u00e9tats, ce qui est l\u2019ach\u00e8vement de la connaissance et l\u2019obtention de la sagesse supr\u00eame. En r\u00e9alit\u00e9, ce qui appartient \u00e0 l\u2019\u00e2me, et m\u00eame \u00e0 l\u2019esprit, repr\u00e9sente seulement les degr\u00e9s dans la voie vers l\u2019essence intime qui est le vrai soi, et qui peut \u00eatre\u00a0trouv\u00e9 seulement quand l\u2019\u00eatre a atteint son propre centre, toutes ses puissances \u00e9tant unies et concentr\u00e9es comme en un seul point, dans lequel toutes choses lui apparaissent, \u00e9tant contenues dans ce point comme dans leur premier et unique principe, et ainsi il peut conna\u00eetre toutes choses comme en lui-m\u00eame et de lui-m\u00eame, comme la totalit\u00e9 de l\u2019existence dans l\u2019unit\u00e9 de sa propre essence.\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il est facile de voir combien cela est loin de la psychologie au sens moderne de ce mot, et que cela va m\u00eame plus loin qu\u2019une connaissance plus vraie et plus profonde de l\u2019\u00e2me, qui ne peut \u00eatre que le premier pas dans cette voie. Il importe de remarquer que la signification du mot\u00a0<em>nefs<\/em>\u00a0ne doit pas \u00eatre restreinte ici \u00e0 l\u2019\u00e2me, car ce mot se trouve dans la traduction arabe de la phrase consid\u00e9r\u00e9e alors que son \u00e9quivalent grec\u00a0<em>psych\u00e9<\/em>\u00a0n\u2019appara\u00eet pas dans l\u2019original. Il ne faut donc pas attribuer \u00e0 ce mot le sens courant, car il est certain qu\u2019il poss\u00e8de une autre signification beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e qui le rend assimilable au mot essence, et qui se rapporte au\u00a0<em>Soi<\/em>\u00a0ou \u00e0 l\u2019<em>\u00eatre r\u00e9el<\/em>\u00a0; nous en avons pour preuve ce qui est dit dans le\u00a0<em>hadith<\/em>, qui est comme un compl\u00e9ment de la phrase grecque\u00a0: \u00ab\u00a0Qui se conna\u00eet soi-m\u00eame, conna\u00eet son Seigneur.\u00a0\u00bb\u00a0<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Quand l\u2019homme se conna\u00eet lui-m\u00eame dans son essence profonde, c\u2019est-\u00e0-dire dans le centre de son \u00eatre, c\u2019est alors qu\u2019il conna\u00eet son Seigneur. Et connaissant son Seigneur, il conna\u00eet en m\u00eame temps toutes choses, qui viennent de Lui et y retournent. Il conna\u00eet toutes choses dans la supr\u00eame unit\u00e9 du Principe divin, hors duquel, suivant la parole de Mohyiddin ibn Arab\u00ee\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a absolument rien qui existe\u00a0\u00bb, car rien ne peut \u00eatre hors de l\u2019Infini.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0Ren\u00e9 Gu\u00e9non, <em>M\u00e9langes<\/em>, \u00e9d. Gallimard, 1976 &#8211;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On cite habituellement cette phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Connais-toi\u00a0toi-m\u00eame\u00a0\u00bb, mais on en perd souvent de vue le sens exact. \u00c0 propos de la confusion qui r\u00e8gne au sujet&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee",""],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":368,"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1\/revisions\/368"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/oummaconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}